Un grand homme nous a quitté

Jean Monin, citoyen d’honneur de la commune de Fillière, s’est éteint dans la nuit du 2 au 3 Juillet à âge de 92 ans. Comme tous ceux qui ont eu le privilège de le côtoyer, à l’annonce de son décès, j’ai été envahi par une profonde tristesse. Jean Monin était un homme exceptionnel, pétri d’humanité, au regard toujours bienveillant. Lui qui était un miraculé, qui avait flirté avec la mort, affichait en toutes circonstances un optimisme inébranlable.

Sa jeunesse et son engagement dans la Résistance ont eu pour théâtre notre commune. Fils du commandant de la gendarmerie de Groisy-Le Plot, il avait suivi au château de Thorens, sous la direction de son père, une préparation militaire intense à la fin des années trente. C’est également à Thorens qu’il occupa son premier emploi, à la scierie Brice où il était entouré de réfractaires et surtout où il fit la connaissance de François Servant alias le Lieutenant Simon. Comme tant de jeunes de son âge, il est fasciné par cet homme au charisme immense qui multiplie les coups de main aux quatre coins du département pour ravitailler les maquis. Très vite, il rejoint son Corps Franc installé au fond de la vallée d’Usillon, à la Verrerie, et participe à leurs actions audacieuses. Il n’a alors que 16 ans.

Mais en Janvier 1944, c’est le drame à Mercier. Aligné contre le mur de la boulangerie de Mercier, il croit sa dernière heure venue mais il refuse de mourir, estimant qu’il est beaucoup trop jeune. C’est certes un voeu pieux mais la chance est de son côté grâce à la présence dans une de ses poches d’une fausse carte d’identité.

Jean Monin suit le chemin de milliers de résistants: la caserne Galbert à Annecy, le Fort Montluc à Lyon puis le train de la déportation pour échouer dans le terrible camp de Mathausen en Autriche, à quelques kilomètres de Linz. Il a alors 17 ans.

Sa force de caractère, son envie de vivre, sa foi dans l’homme vont lui permettre de survivre 13 mois à Mathausen. 13 mois dans un camp de concentration, c’est une éternité. Pendant ces longs mois, il s’interdit de penser à sa famille de peur de s’effondrer. Il n’a qu’une obsession, vivre, se battre quotidiennement pour sortir vivant de cet enfer.

Au retour, après quelques semaines de repos où il se reconstitue physiquement et mentalement, il reprend ses études puis rentre dans le monde du travail où un parcours tout aussi exceptionnel l’attend. Son esprit d’initiative et sa farouche volonté le conduisent rapidement à fonder sa propre entreprise où le rejoint sa chère épouse.

Lorsque sonne l’âge de la retraite, il ne peut se résoudre à l’oisiveté. Il devient un porteur de mémoires, parcourt les écoles et les collèges de la Drôme pour témoigner, multiplie les initiatives pour que le souvenir des tragiques évènements qu’il a vécu ne tombe pas dans l’oubli. Inlassable militant de la paix et de la fraternité entre les peuples, il expliquait ainsi son engagement: « Moi qui ai eu la chance de survivre, de revenir de l’enfer des camps, j’estime que cette implication dans la transmission de la Mémoire de cette période tragique est un devoir, un hommage rendu à tous ceux qui n’ont pas eu le même destin que moi, à ces millions d’enfants, de femmes, d’hommes victimes de la barbarie nazie. »

  Il y a dans nos modestes existences des rencontres qui marquent à tout jamais, qui transforment nos vies, lui donnent un autre sens. Mon cher Jean, merci pour la formidable leçon de vie que tu nous as donnée, pour ta générosité. Tu resteras à tout jamais dans nos mémoires et dans nos coeurs, ta lumière continuera d’éclairer notre route.

 A nous qui t’avions choisi pour parrainer notre nouvelle commune, revient le devoir de faire vivre les valeurs que tu as défendues toute ta vie, de poursuivre ton combat pour un monde plus fraternel, d’être à la hauteur de l’héritage impressionnant que tu nous laisses.

Christian Anselme

 La commune organise un bus pour se rendre à la cérémonie religieuse à Romans sur Isère ce samedi 6 juillet 2019 (départ mairie de Fillière (Thorens-Glières) à 6h). Pour ceux qui le souhaitent , des places sont disponibles. Informations et inscriptions au 04 50 22 82 32 (avant vendredi 16h).